Promouvoir les recherches innovantes en sciences humaines et sociales

La Fondation remettra chaque année un Prix de thèse, afin de mettre en lumière les travaux les plus aboutis qui, en sciences humaines et sociales, permettent d’appréhender autrement les questions d’actualité et les enjeux de société.

Sélectionnés par leurs écoles doctorales, les candidats sont ensuite auditionnés par le conseil scientifique de la Fondation Flaubert, qui désigne son ou ses lauréats. La fondation est attentive à l’ambition, à l’originalité et aux résultats des travaux, mais aussi aux projets de valorisation.

La Fondation Flaubert offre au 1er un prix de 5 000€.

En contrepartie, le lauréat s’engage à produire plusieurs publications et à intervenir dans le cadre de l’« Université de Toutes Les Cultures », cycle de conférences grand public et gratuit organisé par l’Université de Rouen.

Nouveauté 2018 : Le Prix de thèse sera remis au cours d’une finale publique à l'occasion de la Fête de la science 2018 à Rouen, devant un jury composé des partenaires fondateurs de la Fondation Flaubert et de scientifiques.

 

 

 

 

 

 

Bruno Nardeux, lauréat du Prix de thèse 2018

Une « forêt » royale au Moyen Âge : Le pays de Lyons, en Normandie (vers 1100 – vers 1450), Thèse de doctorat soutenue en 2017 (Université de Rouen Normandie)

Alors que la forêt de Lyons est souvent assimilée à une simple forêt-frontière, dix années d’enquête nous obligent à modifier radicalement cette définition géo-historique. Il faut dire qu’entre temps, il a fallu reconsidérer la notion même de forêt qui désignait au haut Moyen Âge, non pas de grandes étendues boisées, mais tout au contraire un espace fortement humanisé où coexistent futaies et taillis, landes et prairies, champs et villages. De cette grande forêt médiévale de Lyons – la plus importante de Normandie avec ses 30 000 ha – entièrement dévolue à l’usage et aux besoins de son détenteur ducal ou royal se dégage alors un pays, lui-même fruit de la sédimentation de quatre espaces nettement identifiés, entre 1100 et 1450. Des multiples séjours des Plantagenêts puis des Capétiens, attestés par plus de 500 chartes signées en forêt de Lyons entre 1100 et 1400 et justifiées soit par la chasse (espace résidentiel), soit par la guerre (espace militaire) résultent en effet un espace politique qui explique la fortune étonnante d’au moins deux favoris issus du pays de Lyons : Guillaume de Longchamps, chancelier d’Angleterre sous Richard Cœur de Lion et Enguerrand de Marigny, le familier de Philippe le Bel. S’ajoutent à cela tous les revenus qu’un espace économique comme la forêt de Lyons procure à son détenteur, en se rappelant l’importance prise par le bois dans l’économie médiévale. En définitive, l’on découvre ainsi que ce pays a fini par produire un véritable écosystème d’une résilience à toute épreuve jusqu’à ce que les années sombres de la fin de la Guerre de cent ans finissent par avoir raison de cet âge d’or qu’a représenté le Moyen Âge pour la forêt de Lyons.

 

Jury (de gauche à droite) :  M. Alain Bideau (Président du conseil scientifique), M. Jean-François Passegué (Directeur de Science Action Normandie), M. Guy Pessiot (Conseiller municipal de la ville de Rouen, conseiller délégué de la Métropole Rouen Normandie), Mme Sylvie Eskinazi (Matmut, Directeur Groupe, Secrétariat Général), Mme Florence Naugrette (Professeure à l’Université de Paris-Sorbonne), M. Jean Serrière (Directeur du Sociétariat et du Développement Durable), M. Damien Féménias (Président de la fondation Flaubert)

 

Romain Grancher, lauréat du Prix de thèse 2017

Romain Grancher a reçu le Prix de thèse de la Fondation Flaubert pour sa thèse intitulée Les usages de la mer. Droit, travail et ressources dans le monde de la pêche (Dieppe, années 1720-années 1820), préparée à l’université de Rouen entre 2010 et 2015 sous la direction de Michel Biard (Laboratoire Grhis, EA 3831)

La thèse de Romain Grancher nous restitue le fonctionnement ordinaire de ce monde du travail d’Ancien Régime au plus près de l’expérience des maîtres, des matelots et des armateurs qu’il a pu rencontrer à la lecture d’un grand nombre d’archives, allant des procédures portées devant le tribunal de l’amirauté aux livres de compte d’un grand négociant dieppois, en passant par les enquêtes réalisées dans le cadre de l’inspection générale des pêches.

Soucieux d’envisager les « usages de la mer » dans toutes leurs dimensions, Romain Grancher a construit son objet de recherche à la croisée de l’histoire du travail, de l’histoire environnementale et de l’histoire du droit, afin d’étudier un problème qui sert de fil rouge à son analyse : comment s’élabore, par et autour de la pratique de la pêche à Dieppe au xviiie siècle, une armature institutionnelle et juridique originale, adaptée aux contraintes inhérentes à cette activité maritime comme à ses conditions locales d’exercice ?

Cette approche le conduit ainsi à reconsidérer par exemple le rôle des juridictions maritimes d’Ancien Régime. Alors que les tribunaux de l’amirauté avaient toujours été présentées par l’historiographie comme des instruments de contrôle des communautés littorales aux mains de l’État royal, il montre grâce à l’analyse d’un corpus de près de 400 procédures civiles que l’amirauté de Dieppe remplissait également des fonctions essentielles en matière de résolution des conflits, d’expertise des accidents du travail en mer, ou encore de certification des contrats d’engagement oraux ; bref, qu’elle constituait une institution clé de la régulation des activités maritimes et qu’elle était à ce titre largement sollicitée par les gens de mer.

Partant de l’idée qu’avoir le droit de pêcher n’est pas une condition suffisante pour capturer du poisson, mais qu’il faut encore savoir et pouvoir pêcher, il s’efforce également de dépasser le problème du seul accès à cette ressource commune pour penser son exploitation en termes de modes d’appropriation (depuis sa capture jusqu’à sa commercialisation). Cela l’amène à mettre en évidence la spécificité d’institutions sociales propres au monde de la pêche, telles que les associations d’armement à la part par exemple, destinées à fournir en commun le capital nécessaire à l’armement d’un bateau et à repartir solidairement les risques et les revenus de la pêches entre les membres de l’équipage.

Enfin, son approche lui permet de proposer de nombreuses pistes pour renouveler l’histoire des formes de gestion des ressources marines. Il parvient en effet à montrer, à partir de deux moments de controverse autour des causes de la « disette du poisson », comment l’imposition de nouvelles mesures de police des pêches vient progressivement s’articuler, au XVIIIe siècle, à la formation d’un champ d’expertise autour et au nom de la conservation des ressources de la mer. Ouvrant une première réflexion sur la genèse des modèles et des outils du gouvernement de la nature, la dernière partie de sa thèse formule ainsi l’hypothèse d’une construction négociée entre les gouvernants et les gouvernés de la législation royale en matière de pêche maritime – une hypothèse qu’il est actuellement en train de vérifier dans le cadre d’un nouveau projet de recherche consacré à l’histoire des rivages de la Manche aux XVIIIe et XIXe siècles.

 

Montassar Tabben, lauréat du Prix de thèse 2016

Montassar Tabben a reçu le Prix de thèse de la Fondation Flaubert, pour sa thèse intitulée « Optimisation de la performance, évaluation et analyse des réponses physiologiques en sports de combat », préparée à l’Université de Rouen Normandie, sous la direction de Claire Tourny et Jérémy Coquart.

Laboratoire CETAPS, École doctorale 556 Homme, Sociétés, Risques, Territoire. Date de soutenance : 10 décembre 2014.

Le travail de Montassar Tabben fait progresser la connaissance des sports de combat, et propose des avancées notoires dans le champ de la préparation des sportifs. Réalisé sur trois années, ce travail impressionne d’abord par son l’imagination méthodologique et le sens pratique dont il fait preuve, par son ambition théorique et par ses applications au domaine de l’entraînement et de l’optimisation de la performance.

Montassar Tabben utilise les méthodes d’exploration les plus contemporaines, auxquelles il est allé se former à l’Université de Marburg en Allemagne, et les synthétise pour innover, rester proche du terrain et proposer des protocoles expérimentaux moins invasifs et plus écologiques – c’est-à-dire à la fois plus faciles à mettre en place et plus ajustés aux pratiques effectives. La thèse est novatrice en ce qu’elle élabore un test spécifique à un sport qui reste encore scientifiquement peu exploré et connu, rigoureuse en ce qu’elle le fait valider scientifiquement, et ambitieuse en ce qu’elle propose une démarche reproductible, qu’il est facile d’élargir à l’ensemble des sports de combat.

Sa thèse porte également une véritable ambition théorique en ce qu’elle a permis de modéliser l’activité du sportif, de faire progresser la compréhension de l’effort et de la fatigue : l’activité de plus de 120 athlètes a été observée en situation compétitive, et a été passée au crible d’une analyse qui croise physiologie, posturologie, enjeux du combat et choix technico-tactiques.

Enfin, sa démarche est porteuse d’applications, et les équipes nationales du Brésil, des États-Unis, d’Égypte et de France ont déjà pris contact avec Montassar Tabben pour mieux concevoir les prochaines préparations olympiques en karaté, à l’horizon des jeux de Tokyo en 2020.

  • 22 publications sur 4 ans (réalisation de la thèse en trois ans et un an en tant qu’ATER),
  • 17 collaborations internationales

Son parcours scientifique exceptionnel est à l’image de sa carrière sportive, finalisée par de très nombreux podiums internationaux en Karaté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Découvrez en vidéo la remise du prix de thèse de la Fondation Flaubert 2016 :

Les lauréats 2015

1er prix : Jean-Baptiste Vincent pour sa thèse intitulée « Les abbayes cisterciennes de Normandie (XIIe-XIVe siècles) : implantation, conception, évolution », préparée à l’université de Rouen, sous la direction d’Anne-Marie Flambard Héricher.

Laboratoire GRHis ; école doctorale Savoirs, critiques, expertises. Date de soutenance : 1er décembre 2014.

Cette étude archéologique globale du bâti et du non-bâti s’inscrit dans une véritable réflexion historique. Reposant sur des observations et des relevés de fouille originaux, ce travail impressionne par son ampleur : 24 abbayes ont été étudiées de façon systématique, à l’échelle de la région normande. Il force le respect par sa méthodologie, qui multiplie les prises sur l’objet et fait parler autrement les vestiges du passé. La thèse porte une véritable ambition théorique et déplace les problématiques, en les faisant passer de l’architecture et de l’histoire de l’art aux aménagements du territoire.

L’audition du candidat, le rapport de soutenance, les nombreuses publications et collaborations laissent transparaître un lauréat capable d’échanger avec différents types de public. Le jury de la thèse a recommandé à la publication ce travail sous forme d’ouvrage.

           

Légendes photos :

  • à gauche : le réfectoire de l'abbaye cistercienne de Bonport (XIIIe siècle) fondée par Richard Coeur de Lion, vu depuis la Seine
  • à droite : coupe traversant l'aile des moines et du réfectoire de l'abbaye de Bonport (Eure)

 

2e prix : Louis César Ndione pour sa thèse intitulée « Acculturations du consommateur à partir des parcours migratoires : le cas des venants sénégalais », préparée à l’université de Rouen, sous la direction d’Éric Rémy.

Laboratoire NIMEC, école doctorale d’Économie-Gestion de Normandie. Date de soutenance : 2 décembre 2013.

En distinguant cette thèse, la fondation montre qu’elle s’inscrit dans les dynamiques du monde d’aujourd’hui. Ce sujet témoigne du souci des sciences humaines et sociales de prendre en compte les questions d’actualité, de rendre intelligibles les enjeux de société et, par là même, de contribuer à y répondre. Le travail montre des comportements et rend compte des processus culturels d’acculturation à l’œuvre. Il ouvre des pistes et renouvelle les recherches sur les migrations comme sur les consommations, en intégrant des dimensions culturelles qu’il expose avec clarté et méthode.

Il s’agit à présent, grâce au soutien de la fondation, de donner au lauréat accès à la traduction, afin d’accélérer la diffusion de son travail dans des revues anglophones spécialisées.

           

Crédit photos : Moïse Gomis et Jean-Pierre Sageot, projet "Grand Écart"